Atelier d’artiste : Le béton haut en couleur de Laurene Hombek

L’Atelier Bobun, c’est d’abord une invitation au jeu entre matières, couleurs, formes et textures rares

article de  pour HOUZZ

 

Laurene Hombek a créé l’Atelier Bobun car elle aime sculpter la matière. Elle prend comme prétexte des formes simples comme le cube ou la sphère, et les attire tout au long de son travail vers des contrées jusqu’alors inexplorées. Petit tour d’horizon de ses créations d’objets et de mobilier en béton coloré.
Comment a débuté votre aventure avec le béton ?
Diplômée des Beaux-Arts de Montpellier, j’ai commencé à pratiquer la sculpture et donc le moulage à l’école. J’employais des résines et bien entendu le plâtre. Ce matériau est extraordinaire pour sa simplicité et son efficacité de réalisation, mais il reste trop lisse à mon goût. Assez vite, mon travail a évolué vers la technique du béton, parce que son esthétique m’est apparue vraiment très intéressante. La taille de pierre étant trop fastidieuse, j’ai tout de suite préféré le « coulé » immédiat du béton.

Lignes blanches sur fond noir réalisées par Laurent Cammal, photographe en résidence dont le travail traite de l’architecture. 

En sortant de l’école, j’ai été embauchée par une entreprise qui souhaitait développer du mobilier en béton et qui m’a formée à la manipulation de la matière. L’entreprise a malheureusement fermé assez rapidement et je me suis demandé ce que j’avais vraiment envie de faire. La démarche artistique pure n’étant pas vraiment une attente personnelle, j’ai commencé à construire des petits meubles et des objets. Les « ballons » de béton sont en fait la continuité de mes travaux de diplôme aux Beaux-Arts.
Voici votre nouvel atelier, racontez-nous l’importance de ce lieu pour votre travail…
Après mes études, je suis partie à Aigues-Mortes, parce que le prix des loyers était plus abordable qu’à Montpellier. Au début, j’étais en couveuse d’entreprise. J’ai ouvert une petite boutique pendant huit mois afin de présenter mes premières collections. Cette expérience m’a appris que je souhaitais vraiment me rendre disponible pour mon travail, le commerce m’ayant empêché pendant un temps de créer. Je me suis installée ici après être restée neuf mois sans atelier.

Je produisais un peu dans des ateliers prêtés par des amis, mais en réalité il me manquait mon espace mental. J’avais plein d’idées, mais je ne parvenais pas à les concrétiser. Il fallait absolument que je pose mon matériel dans un endroit dont je puisse vraiment disposer. Le hasard a fait que de nouvelles opportunités se sont présentées et je me suis remotivée immédiatement.

Mais quels sont ces curieux objets ronds ? Sont-ils en béton ?
Oui. D’ailleurs, quand je travaille cette technique, mon atelier ressemble alors à un champ de ballons. J’utilise des mortiers contenant de la silice et différents ciments. Pendant longtemps, j’ajoutais des fibres et j’armais mes pièces, mais je me suis rendu compte que la forme est tellement solide que ce n’est pas nécessaire. En fait, le béton reste souple grâce à l’élasticité de la résine contenue dans le ciment.
L’idée était de trouver une pièce qui soit efficace et viable afin de réaliser des séries. Généralement, mes réalisations nécessitent de nombreuses étapes, mais le processus doit rester simple.

Je travaille à partir de grosses sphères en caoutchouc que je recouvre complètement. J’applique ensuite plusieurs couches de couleurs successives. Ce sont ces couches qui définissent ainsi la forme finale. C’est avec la dernière couche que se décident la texture et la patine.

Et ces magnifiques pièces, de quoi s’agit-il ?
J’ai également expérimenté les textures et les couleurs sur des formes plus libres. Je suis partie cette fois de calebasses, ces grands fruits secs originaires du Zimbabwe utilisées pour le transport de l’eau et des aliments. J’aime l’opposition des contrastes entre la couleur de l’intérieur et la matière des textures à l’extérieur. Je cherche à provoquer des sensations contrastées aussi bien visuellement qu’au toucher.
Votre démarche est également tournée vers le mobilier contemporain avec des pièces très épurées en structure bois doté d’un habillage en béton coloré…
En fait, j’ai toujours travaillé les deux axes en parallèle, mais certaines saisons sont plus propices à la création de mobilier et d’autres davantage dédiées aux objets. J’alterne les étapes de création après de longues périodes où certaines pièces m’inspirent plus que d’autres.
L’idée de jouer avec le cube qui se multiplie pour donner des pièces plus importantes me permet de créer une ligne de meubles cohérente, comme cette table de chevet enduite de béton décoratif. Sa structure et son piétement sont en bois.
Je veille à ce que le motif appliqué sur la surface du béton provoque une certaine curiosité, qui donne envie de la toucher. Depuis toujours, je suis fascinée par la rayure. J’aime bien superposer les couches et les couleurs pour créer un mobilier qui se déforme visuellement de façon très subtile, juste par le jeu des épaisseurs.
Quels sont vos matériaux de prédilection ?
J’aime le contraste entre les surfaces et les formes. Rondes, lisses, granuleuses, mates, ce sont les matières qui sont au cœur de mon travail. Mes ballons sont en somme des coquilles dont la forme minimale m’autorise à jouer avec les couleurs et les textures.
Cette poudre, par exemple, provient d’une machine de sablage industrielle que nous avons employée pour décaper une sculpture en acier.
C’est une superbe trouvaille car elle contient des morceaux de silice de toutes les couleurs, du blanc et du gris, et surtout de la limaille de métal.
Ce qui nous attire au premier regard, c’est la richesse de votre palette de couleurs. Comment est-elle née ?
J’aime bien l’idée que tout est fugace dans mon travail de couleur. Par exemple, ce superbe jaune que j’ai utilisé pour une calebasse, je le garde précieusement parce que je ne suis pas certaine de le récupérer et je l’adore ! Parfois, je n’ai qu’une toute petite quantité de couleur et j’attends le moment où je vais pouvoir l’employer.
En fait, je commence par une forme liquide : mes couleurs sont diluées au préalable, puis conservées dans des bouteilles qui sont en fait ma collection de couleurs. C’est ainsi que je constitue mes gammes de couleurs au fur et à mesure des projets.
Cette boîte, c’est celle du début de l’année. Elle représente toutes les créations de couleurs réalisées pour les calebasses. Du coup, on retrouve des gris, deux jaunes, le bordeaux et le vert, le beige. Sur cette collection, qui est gris très clair, j’ai aussi réalisé des incrustations de feuilles d’or.
J’utilise un enduit béton décoratif. Toute la différence avec les autres enduits, c’est sa couleur blanche pure. Je peux ainsi disposer d’une palette de couleurs immense, même si j’ai toujours des petites difficultés sur les rouges qui sont compliqués à travailler.
C’est un peu comme de la cuisine ! Je me sers d’abord de ma vieille balance qui a beaucoup servi, comme vous le voyez, puisqu’elle ne ressemble plus à ce qu’elle était, mais qui fonctionne toujours très bien.
L’enduit est prémixé et contient de la poudre de marbre, ce qui est parfait pour mes objets. Pour le mobilier, j’y ajoute de la charge, comme du sable, pour qu’il soit plus épais et qu’il présente une granulométrie plus importante. Il devient alors mécaniquement plus solide.
J’en prépare suffisamment en prévision de chaque projet. Je note chaque grammage dans mes cahiers, mais depuis que je maîtrise mieux mes mélanges, je travaille plutôt au feeling et de mémoire. Avec l’expérience, je préfère m’autoriser davantage de liberté de création. Pour le bleu de ma palette, j’ai réalisé 200 bleus canard du plus clair au plus foncé. Je ne parvenais pas vraiment à trouver celui qui m’intéressait. Alors que maintenant, je le connais parfaitement.
J’ai choisi de travailler avec des pigments liquides de qualité, plus puissants et qui présentent l’avantage de moins altérer la matière. Je suis aussi nettement moins limitée en termes de couleurs qu’avec les pigments en poudre.

Je les mélange avec de l’eau. La couleur s’éclaircit beaucoup en séchant, mais une fois traitée, elle retrouve la même teinte que lors du mélange : je peux donc me fier à la couleur telle que je la crée.

Quels types de traitement appliquez-vous à vos pièces ?
Le traitement consiste à cirer ou à vernir les surfaces. L’huile-cire est très veloutée et fournit une finition très agréable au toucher. Par contre, elle ne protège pas autant que le vernis en termes de porosité.
Comment procédez-vous pour faire connaître vos réalisations ?
Je me suis constitué une clientèle fidèle de particuliers que je rencontre dans les salons. Certaines boutiques et organisations, comme les Ateliers d’Art de France, sont des partenaires intéressants. Je bénéficie ainsi d’une vraie identité et leur laisse des pièces en dépôt. Ils organisent aussi des expositions. Je dois être exposée, c’est très important pour continuer à réaliser de nouveaux projets. Les magazines m’offrent également de nouvelles opportunités. Et puis, dès lors qu’un client me commande une pièce, généralement il revient tôt ou tard pour d’autres ou m’envoie de nouveaux contacts. L’essentiel reste de bien faire mon travail pour rester dans une vraie relation avec mes clients.

 

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